Date majeure dans notre histoire, le 8 août 1720, les Etats de Savoie devinrent royaume de Savoie-Sardaigne. Ce tricentenaire est l’occasion de raviver la richesse de notre passé.


La Savoie, un royaume ?

On entend souvent parler du duché de Savoie. En revanche, l’histoire des Etats de Savoie en tant que royaume a souvent été cachée car non conforme au sentiment d’unité nationale française. De nombreux récits tendent à faire croire aujourd’hui encore que la Savoie n’aurait été qu’une province française, ce qui ne fut jamais le cas. Pourtant, ils furent bel et bien un royaume, sur le même pied d'égalité que les autres royaumes de l'Europe.

Comté depuis l’an mil, puis duché du Saint-Empire romain germanique à partir de 1416, c’est le 8 août 1720 que le roi Victor-Amédée II de Savoie reçut officiellement le royaume de Sardaigne. Celui-ci fut obtenu en échange de la Sicile que la Savoie avait acquise lors des conférences d’Utrecht sept ans plus tôt et dont elle n’avait guère eu le temps de prendre possession.

1720

Dès 1720, le royaume de Savoie-Sardaigne rassemble non seulement le duché de Savoie et l’île de Sardaigne à laquelle est liée la couronne royale, mais aussi la principauté de Piémont sur laquelle est située la capitale, Turin ; le duché d’Aoste, le comté de Nice, les marquisats de Montferrat et de Saluces.

 

Comment appeler cet ancien Etat ?

Son nom officiel était « royaume de Sardaigne ». Pour autant, la Sardaigne n’en fut qu’une île excentrée. A partir de la Révolution française, une abondante historiographie s’est employée à inscrire la Savoie comme soumise et dépendante d’une puissance « sarde » étrangère. Elle mentionne insidieusement aujourd’hui encore « l’armée sarde », « l’administration sarde », « le roi sarde », « le tyran sarde », « le droit sarde », « l’architecture sarde »... tout cela n’ayant rien à voir avec l’île de Sardaigne. Plus encore, on désigne depuis quelques décennies le cadastre de Savoie par « mappe sarde » alors qu’il n’avait jamais été désigné de la sorte à l’époque. Cette opération de cadastrage, mise en œuvre entre 1728 et 1738 ne concernait d’ailleurs pas l’île de Sardaigne.

Pour plus de clarté, il convient de parler aujourd’hui du « royaume de Savoie-Sardaigne ». On dit aussi « Etats de Savoie » (Stati Sabaudi en italien). L’adjectif « sabaudien » est aussi beaucoup plus explicite que « sarde ». Pour éviter toute confusion, il convient ainsi de parler de « droit sabaudien » ou « d’architecture sabaudienne » commune à la Savoie et au Piémont.

 

Une histoire qui ne doit pas être oubliée

Victor Amédée IICommémorer la naissance d’un royaume pourrait être vu comme une nostalgie en direction de l’ancien régime. L’objectif du Mouvement Région Savoie n’est aucunement de restaurer cette ancienne monarchie. Pour autant, chaque peuple a le droit d’être fier des plus belles pages de son histoire. Et l’histoire de la Savoie en comporte de nombreuses qui sont remarquables.
On apprend dans l’histoire de France, l’absolutisme monarchique du « roi soleil », Louis XIV, belliqueux et dispendieux, assoiffé de conquêtes. A cette même époque, le royaume de Savoie-Sardaigne fut géré tout autrement, de manière exemplaire. Les monarques successifs édictèrent des dispositions novatrices. Pour n’en citer que quelques-unes : la mise en œuvre du cadastre (1728-1738) afin de rendre l’impôt équitable ; l’édit instaurant un conseil de commune dans toutes les paroisses qui n'en possèdent pas encore un (1738) ; l’abolition des servitudes (1762-1771) ; l’établissement du statut albertin (1848) : constitution démocratique reconnaissant un droit de pétition. Le marquis d’Argenson, diplomate français du XVIIIe siècle disait de la Savoie et du Piémont : « cette monarchie est de la proportion qu’il faut pour en être bien gouvernée ; aussi le roi Victor l’avait-il aussi bien réglée que put l’être une République ».

Arme du royaume de Savoie-Sardaigne 1820Certains historiens ont trouvé de bon ton de dénoncer le « centralisme turinois » de ce royaume s’appuyant sur des arguments en partie justifiés. Notons que la mise en perspective avec le « centralisme parisien » que subit la Savoie devenue française n’est jamais abordée par ces mêmes auteurs, le souci d’éviter le politiquement incorrect ayant pris le dessus sur l’objectivité historique. Ce centralisme jacobin au sein de la république française uniforme, réfractaire à toute idée fédéraliste est sans commune mesure avec l’esprit du royaume de Savoie-Sardaigne, territoire où le bilinguisme était institué. Jusqu’en mars 1860, la Savoie envoyait 22 députés dans la proche capitale de Turin, contre 10 aujourd’hui à Paris.

L’histoire du royaume de Savoie-Sardaigne se termina brutalement. En avril 1860, le dernier des rois, Victor-Emmanuel II de Savoie-Carignan, délia les Savoisiens et les Niçois de leur serment de fidélité et renonça à ses titres sur ces deux territoires, afin de mener à bien l’odieuse tractation secrète de Plombières : un acte sans retour dans lequel les terres et les peuples de la Savoie et de Nice étaient vendus contre le soutien militaire de Napoléon III en vue de réunir le nord de l’Italie.

Aujourd’hui, la Savoie doit s’inspirer des meilleures expériences de démocratie afin de répondre aux enjeux du XXIe siècle. Elle doit aussi s’appuyer sur les plus beaux faits de son passé, dans l’esprit de liberté, de concorde et de pragmatisme propre aux peuples alpins. Se réapproprier sa culture et son histoire est un prérequis indispensable pour construire un avenir serein.

Laurent Blondaz

 

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Turin - le palais royal

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